Rechercher dans ce blog

vendredi


"LE SHACK", W. Paul Young, paru plus tôt en 2009.

On m’a suggéré ce livre en me demandant mon avis et ça m’a donné l’idée d’en faire ma petite critique ici. J’hésitais: je ne lis plus de romans depuis longtemps, leur préférant des textes philosophiques ou scientifiques, ou des biographies, bref des trucs véridiques. Je reproche surtout aux romans les longues descriptions de personnages et de lieux, qui me semblent ne servir qu’à remplir des pages.

Avec « Le shack », ça commençait mal : les 80 premières pages sont presqu’exclusivement composées de descriptions. Fort habiles d’ailleurs, et très riches en vocabulaire.Je craignais d’y trouver un autre de ces auteurs qui aiment s’écouter parler. Peut-être parce que je ne suis pas suffisamment habile avec les mots.

Dans mon propre petit livre (« Les continents inconnus »), j’ai sciemment évité cela. Avec du recul, je songe que j’aurais pu me permettre plus de descriptions, car l’Afrique offre énormément de matière à cet égard pour un Occidental qui y débarque pour la première fois.

Revenons maintenant au shack. Il faut savoir que le livre d’Urantia (L.U.) est de loin celui qui m’a le plus profondément transformé, au point que j’ai tendance à évaluer toute nouvelle lecture de nature spirituelle sur la base de ses enseignements. Ce sera aussi le cas ici.

  • Passées les 80 premières pages, le deuxième tiers s’anime soudainement, et on tourne les pages de plus en plus vite jusqu’à la fin. Voilà ça de pris.
  • L’essentiel de la substance du livre se loge entre les pages 200 et 240.
  • Je dois admettre que c’est un livre qui fait du bien, car il contribue à répondre à une grande source de souffrance humaine : la difficulté de pardonner, fut-ce à Dieu lui-même (« pourquoi a-t-il permis cette horreur? »). Comment pardonner au meurtrier de notre enfant? Il pose aussi une piste lumineuse de solution à laquelle j’avais déjà réfléchi : et si notre problème était faussé dès le départ par une conception complètement erronée de la nature RÉELLE de Dieu? Et s’il n’était pas omnipotent, et qu’il ne pouvait pas tout empêcher? Et si Dieu ne pouvait simplement pas faire l’infaisable? Car des lois existent dans l’univers. Et si Dieu brisait à qui mieux-mieux ses propres règles? Quel serait le sens de l’univers et l’utilité de l’avoir créé? C’est la base du dilemme déterministe.
  • Et si le grand souhait, voire le besoin de Dieu était de se réaliser à travers nous? Ne nous a-t-il pas créés « à son image », c’est-à-dire créateurs? Et si cette création continuait d’avoir lieu à chaque instant? J’en suis persuadé. Ceux qui cherchent un sens à leur vie seraient plus que comblés par cette perspective.
  • Le livre a le mérite de présenter une vision simplifiée de la notion complexe de la trinité divine, en mettant trois personnages en scène : Papa (le Père), Jésus, et Sarayu.
  • Sa faiblesse est d’enfoncer encore le clou sur la notion voulant que Jésus soit mort à notre place pour racheter nos péchés. Ce dogme m’a toujours révolté. D’abord parce que la notion de sacrifice (fut-ce une chèvre ou Jésus) pour apaiser la colère des dieux m’a toujours parue primitive, comme l’explique le L.U.. Dieu ne veut pas de sacrifices, encore moins celui de son Fils. Je crois que Jésus est mort parce que les autorités juives l’ont condamné et que Pilate, pour des raisons politiques, l’a abandonné à son sort, c’est tout. Bien sûr, le fait que cet être soit mort de cette façon (« une mort que plusieurs humains infiniment moins parfaits mériteraient ») revêt une grande valeur de réflexion, mais je ne crois pas qu’il soit mort pour calmer la colère de Dieu et à cause de nos péchés. Venant de cet auteur qui est chrétien, la subsistance de ce dogme trompeur n’étonnera pas mais on peut lui pardonner, on a vu des erreurs plus graves.
  • P. 157, Papa dit : « C’est vous qui par vos décisions ouvrez la porte à la peur, la souffrance et le pouvoir. Mais il se trouve que vos décisions ne sont pas aussi puissantes que mes desseins, et que je me servirai de toutes vos décisions pour le plus grand bien de tous. » Selon le L.U., l’amour divin ne rachète pas le péché, il le rétablit; il n’efface pas le mal, il l’anihile. Et chaque décision morale de chaque humain a une grande importance, car la déité a le désir et le pouvoir de les exalter dans un dessein infiniment plus grand. Le L.U. rappelle ainsi que Dieu, en ce sens, a besoin de nous. Rien de moins. D’ailleurs, à la page 221, Jésus ajoute : « Chaque décision de chaque être traverse le temps et les relations et rebonbit sur d’autres décisions. Du chaos qui semble en résulter, Papa tisse une toile extraordinaire. » Enfin, à la page 234, Papa ajoute : « Le fait que je tire un bien incroyable d’insoutenables tragédies ne signifie pas que j’orchestre ces drames ou qu’ils sont indispensables à mes desseins. La grâce ne dépend pas de la souffrance pour exister. »
  • P. 167, Papa ajoute : « Pour tout être créé, l’autonomie est pure folie. Être libre, c’est se montrer confiant et soumis dans une relation d’amour. » Cela est aussi explicité dans le L.U. à propos de la liberté, surtout la fausse liberté.
  • P. 171, Sarayu aborde la relativité du mal de la même façon que le fait le L.U. : « Mal est le mot qui sert à décrire l’absence de bien, comme le mot ténèbres sert à décrire l’absence de lumière. Le mal et les ténèbres ne sont compréhensibles que dans leur relation avec la lumière et le bien. »
  • P. 179, Jésus dit : « La personne qui vit sous le joug de la peur ne s’en affranchira pas dans mon amour (…) Je parle de tes peurs imaginées, et surtout de leur projection dans le futur. » Et le L.U. rajoute : « Les malheurs les plus difficiles à supporter sont ceux qui n’arriveront jamais. »
  • P. 186, je déplore que l’auteur entretienne le mythe que Ève a été tirée du corps de Adam. Par contre plus loin, il affirme que le monde irait mieux s’il était dirigé par plus de femmes; ça j’aime bien. Notre monde est polarisé depuis on ne sait plus quand sur le mâle, le ying, etc. C’est un déséquilibre causant des souffrances et divisant par deux un potentiel bien plus grand.
  • P. 205, je suis agréablement surpris que l’auteur fasse dire à Papa : « Je ne suis pas cruel; je ne punis pas ». Il faudrait demander à l’auteur ce qu’il pense du mythe de l’enfer, notion chérie des chrétiens.
  • P. 209, un extrait furieusement en accord avec le L.U., et avec bien d’autres enseignements : « Votre vie n’est que l’antichambre d’une réalité bien plus grande à venir. Aucun être n’atteint son plein potentiel en ce monde. Cette vie n’a qu’un but : vous préparer au destin que Papa vous prépare depuis toujours. » Et le L.U. explique longuement comment notre perfectionnement pourra continuer, mais pas sur notre planète d’origine, et pas dans notre corps de chair et de sang.
  • P. 222 (bas de page), Jésus parle de son « épouse » (l’Église) et fait allusion à l’Apocalypse (le temple avec les portes de perles).
  • P. 228, l’auteur donne, par la bouche de Jésus et à mon agréable étonnement, sa vision de ce qu’est réellement l’Église : « Ceux qui m’aiment proviennent de toutes les religions et idéologies existantes (et même) s’ils ne sont membres d’aucune institution religieuse. Je n’ai aucune envie d’en faire des chrétiens, mais de les accompagner dans leur transformation en fils et filles de Papa, en frères et sœurs. » C’est ce que Jésus appelait « royaume du Père » ou « royaume des cieux »; il ne parlait pas d’église, c’est venu après avec Paul et les apôtres.
  • P. 225, Jésus en rajoute : « Je ne créé pas d’institutions. C’est une occupation pour ceux qui jouent à être Dieu. Alors la religion ne me passionne pas tellement. La politique et l’économie non plus. Ce sont des inventions humaines. Elles composent la Trinité des terreurs qui ravagent la Terre et trompent ceux que j’aime. »
  • PP. 268-269, on voit une longue description de l’aura, et on retrouve des notions qui ont fait de « La prophétie des Andes » un best-seller.

Pour terminer, je retiens la pensée de la page 301 : « La foi ignore toujours où on la conduit. Mais elle connaît et aime celui qui la guide. » (O. Chambers)

Aucun commentaire:

Enregistrer un commentaire

Merci d'ajouter votre commentaire!
Prière de respecter le sujet abordé, de vous nommer, et de rester concis. PS: Si vous m'envoyez un courriel, inscrire dans l'objet: "À Éric, de (votre nom)"
Votre commentaire doit être approuvé, cela peut prendre de 1 heure à quelques jours. Merci!