Sous couvert de lutte contre le déficit, le gouvernement Couillard mène une entreprise de dénationalisation de notre État
12 mars 2015 | Robert Laplante - Directeur général de l'Institut de recherche en économie contemporaine (IREC).
Il participait récemment à un débat sur le démantèlement du modèle québécois organisé par le Collectif pour le renouvellement de la social-démocratie.
L’opération qui est en cours n’est pas une affaire de redressement des finances publiques.
Les compressions sont bien réelles, les dégâts aussi. Mais le sens de l’opération ne se décrypte pas d’abord dans les résultats comptables.
Il s’agit d’un coup de force aussi grave que l’aura été celui de 1982 à Ottawa.
Ce n’est tout de même pas la première fois, dira-t-on, qu’un parti politique fait sa campagne électorale sur la restriction mentale.
Après tout, Couillard, Coiteux et consorts ont bel et bien promis de réduire la bureaucratie et d’alléger le fardeau fiscal.
Et alors ? Alors, ce qui se joue actuellement n’a rien à voir avec le soi-disant « dégraissage » bureaucratique.
Le Québec n’a pas perdu le contrôle de ses dépenses.
Il ne vit pas au-dessus de ses moyens.
Ce sont les réductions unilatérales des transferts fédéraux qui, pour l’essentiel, déstabilisent nos finances publiques.
C’est le prix que le Québec paie pour appartenir au Canada.
Un prix que les politiques fiscales néolibérales font encore grimper.
Martin Coiteux l’a dit, après les « sacrifices » viendront les réductions d’impôt. On ne nous demande pas de nous serrer la ceinture pour améliorer notre État et nos services, on vise à le rendre plus faible, moins présent.
Ottawa se chargera des grands choix de développement, et le secteur privé prendra le reste.
Alignement sur la politique canadienne de l’énergie, alignement sur la politique fiscale, abandon d’une politique d’immigration distincte, consentement sournois à la bilinguisation, la liste des manoeuvres serait longue.
Mais ce gouvernement a bien appris du printemps érable : il a choisi de frapper vite et fort sur tous les fronts simultanément, il fait sans dire, en émiettant les décisions, en multipliant les manoeuvres de diversion. La stratégie est odieuse, le sens de l’opération est clairement antinational.
Refusant de tenir compte du fait que nous confions plus de la moitié de nos impôts à Ottawa, ce gouvernement s’entête à prétendre que nous vivons au-dessus de nos moyens.
En vérité, ce gouvernement d’inconditionnels du Canada a choisi de se soumettre entièrement aux volontés d’une majorité étrangère (canadienne). Il préfère s’en prendre à sa propre population plutôt que de conduire un affrontement avec Ottawa dont il ne réclame rien.
Résultat : des surplus à Ottawa et le retour des lamentations à propos du déséquilibre fiscal et… la liquidation de plusieurs de nos acquis les plus précieux.
En nous décrivant comme un peuple de quémandeurs ingrats, Philippe Couillard ne se comporte pas seulement de manière honteuse et indigne de sa fonction.
Il nous décrit comme il souhaite nous voir : soumis à la volonté et aux intérêts du Canada, au risque de nos institutions, de notre fleuve, de nos milieux de vie.
Il fait évider le gouvernement du Québec, le succursaliser, en faire une courroie de transmission des volontés de la majorité canadienne.
Il faut substituer le marché à notre demi-État partout où c’est possible pour casser la cohésion sociale qui pourrait fournir les leviers essentiels à l’expression de l’intérêt national.
Après tout, un service de garde propriété d’une entreprise de Calgary pourrait très bien prendre en charge les services à la petite enfance, l’important étant, n’est-ce pas, que le consommateur soit servi…
C’est pourquoi il n’a aucune hésitation à liquider le capital social accumulé dans nos institutions de concertation, qu’il n’a cure de la participation des citoyens et du dialogue social.
Il ne faut pas le laisser faire.
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